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Vendredi 18 avril (18h) à Ombres Blanches, Rencont’roms nous donne la parole à Paola Pigani, auteure du livre N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, publié en 2013 chez Liana Levi.

Paola Pigani a grandi en Charente dans une famille nombreuse d’origine italienne. Elle y rencontre la communauté manouche et en particulier une femme ayant été internée au camp des Alliers. Cet épisode méconnu de l’histoire française lui inspire ce premier roman. Poète et nouvelliste, Paola Pigani vit aujourd’hui à Lyon où elle partage son temps entre l’écriture et son travail d’éducatrice.

Le livre. Autour du feu, les hommes du clan ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la libre circulation des nomades et les roulottes sont à l’arrêt. En temps de guerre, les Manouches sont considérés comme dangereux. D’ailleurs, la Kommandantur d’Angoulême va bientôt exiger que tous ceux de Charente soient rassemblés dans le camp des Alliers. Alba y entre avec les siens dans l’insouciance de l’enfance. À quatorze ans, elle est loin d’imaginer qu’elle passera là six longues années, rythmées par l’appel du matin, la soupe bleue à force d’être claire, le retour des hommes après leur journée de travail… C’est dans ce temps suspendu, loin des forêts et des chevaux, qu’elle deviendra femme au milieu de la folie des hommes.

Très vite, les Manouches comprennent qu’ils sont considérés comme des Français de seconde zone aux mêmes devoirs à défaut des mêmes droits, sauf celui d’être assignés à résidence dans ce vaste foirail. Elle souligne l’hypocrisie qui se cache derrière le vocabulaire des fonctionnaires d’État, chargés d’appliquer les décisions. Le camp n’est pas une prison, c’est un asile de protection pour toutes les familles, vous évitant les agissements des maquisards et de la Gestapo. Comme si les gens du voyage étaient les ennemis communs des Résistants et des nazis. Paola Pigani montre très bien comment les conditions de vie se dégradent. Le froid, la faim et les maladies déciment les plus fragiles. Et pourtant, au cœur de cette abomination, surgissent des héros, gens simples qui apportent leur aide sans même avoir conscience de leur courage. Des paroissiens fournissent couvertures et nourriture, un gardien baisse les yeux lorsqu’un homme s’échappe

Paola Pigani s’est appuyée sur des études historiques et sur des témoignages pour raconter le destin des Manouches internés en camps de rétention sur le sol français. N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe : on n’entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire… Mais c’est d’un pas léger que Paola Pigani y pénètre. Et d’une voix libre et juste, elle fait revivre leur parole, leur douleur et leur fierté. Un roman pour lutter contre l’oubli.

Rendez-vous le vendredi 18 avril à 18h

Librairie Ombres Blanches (50, rue Gambetta)

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