Au mois d’avril, la polémique a surgi après l’annonce d’un nouveau film réalisé par Philippe de Chauveron, après le succès en salles de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? Le titre ? Sivouplééé ! Le pitch ? :

Jean-Étienne Fougerolle, un brillant et populaire intellectuel de gauche, est marié à une riche héritière. Alors qu’il fait la promotion de son nouveau roman invitant les gens à accueillir chez eux les gens dans le besoin, un journaliste pugnace le traite d’hypocrite et le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Le lendemain, une famille de Roms de neuf personnes débarque chez le couple. Les convictions de Fougerolle vont alors être testées…

Dans une lettre empreinte de poésie et d’humanité destinée à l’acteur Christian Clavier, tête d’affiche qui incarnera le personnage de Jean-Étienne Fougerolle, l’écrivain tsigane Jacques Debot émet de fortes réserves quant au choix du titre du film, une comédie destinée selon lui à faire rire aux dépens des Roms : « L’humour, dit de second degré, la dérision humiliante participent maintenant d’une ambiance raciste générale. »

Faut-il voir dans ce long-métrage une nouvelle manifestation d’ « antitsiganisme » ? « Forme de déshumanisation et de racisme institutionnelle alimenté par une discrimination historique » pour le Conseil de l’Europe, l’antitsiganisme revêt diverses caractéristiques. Racisme, tout d’abord, comme lorsqu’un syndicat de chauffeurs de bus de Montpellier propose de créer une navette spéciale pour les Roms. Violence, ensuite, à l’instar de celle qu’a subi le Cirque Romanès à l’occasion de son séjour dans le XVIe arrondissement de Paris. Préjugés persistants, enfin : « Vous nous caractérisez par une appellation nouvelle, un apriori, un cliché de plus. Nous rejoignons les vieux arabes, les ‘Mon-Z’imi’, ‘Ci-pas-cher’, les ‘Y-a-bon-Banania’, les bonnes espagnoles ‘Conchita’, les Italiens ramenés à leur macaronis, les Belges à leurs frites », déplore Jacques Debot.

Dans son rapport d’activité publié en 2015, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) indique que les populations Roms demeurent la cible des « préjugés et de la haine les plus féroces, les plus tenaces et les plus assumés en France », et ce en dépit du fait que ces populations ne représentent que 15 à 20.000 personnes sur l’ensemble du territoire. Nomadisme, exploitation infantile, vols et trafics en tous genres, enrichissement par le biais des aides sociales, absence de volonté d’intégration : nombreux sont les préjugés accolés aux populations Roms, à qui « il est paradoxalement reproché d’être ‘hors système’ tout en ‘profitant du système' », explique très justement un article du Nouvel Obs.

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