« L’action culturelle est effectivement primordiale.
Elle permet de poser la question de l’exclusion humaine d’une manière plus radicale que ne le fait l’accès au droit au logement, au travail, aux ressources ou à la santé.
On pourrait penser que l’accès à ces autres droits devient inéluctable,
lorsque le droit à la culture est reconnu. »
Joseph WRESINSKI, Culture et grande pauvreté
Comme un édito pour l’année 2026 …
C’est un tournant pour l’association Rencont’roms nous. Depuis 2014, nous intervenions sur le terrain de la Flambère, à Toulouse, un bidonville où vivaient près de 130 personnes se revendiquant comme Roms roumaines, terrain stabilisé et légalisé par la Ville de Toulouse pendant près de 15 ans.
Rencont’roms nous, c’est avant toute chose un leitmotiv : (re)donner la parole aux premiers concernés. Depuis plus de 10 ans, elle s’attache donc à travailler AVEC les habitants, enfants comme adultes, jeunes comme personnes âgées, à travers des projets culturels, artistiques, éducatifs, sociaux. La stabilité du terrain a permis d’engager des projets sur du moyen terme, d’accompagner les habitants dans la durée.
Mais en août 2024, à la surprise générale, la Ville de Toulouse annonce la fermeture administrative du site, lançant de facto une procédure d’expulsion. Un an après, en juin 2025, l’expulsion est confirmée par la Justice. Un combat judiciaire, une bataille collective, menée par les habitants, organisés en collectif.
C’était beau, intense, mais insuffisant.
Car à la résorption souhaitée et revendiquée, procédure qui aurait donné du temps à l’accompagnement pour que chaque ménage se voit proposé un logement pérenne, seule une mise à l’abri, organisée en urgence, a été proposée. Certes, c’est mieux que rien. Mais inadapté. Car pour 3/4 des familles, c’est un hôtel qui a été proposé, bouleversant des quotidiens, obligeant à la rescolarisation des enfants, éloignant des lieux de travail.
C’est donc dans ce contexte inédit que Rencont’roms nous va continuer à accompagner les habitants. Car avec ou sans Flambère, le travail continue. Avec les habitants, leurs besoins, leurs attentes, leurs rêves, leurs aspirations. Elles n’ont pas disparu en quittant le terrain.
Alors, Rencont’roms nous évolue, modifie ses pratiques, bouleverse son organisation en se déployant demain sur tous ces nouveaux lieux de vie, mêmes provisoires. Les projets culturels et éducatifs vont donc se poursuivre, se déployer, évoluer, et suivre ces nouveaux contextes. Car l’inclusion, la participation, la lutte contre le racisme, les discriminations et l’antitsiganisme n’ont pas de frontières territoriales. La culture et l’éducation resteront au cœur du projet. Au cœur de notre engagement. Au cœur de notre quotidien. Encore et encore. L’été 2025 est un tournant. Comme un premier tome qui se ferme, après plus de dix belles années d’actions, de défis, d’accompagnement, de rencontres, à écrire de belles histoires, à révéler des talents, à permettre à des rêves de se concrétiser. Désormais, un deuxième tome s’ouvre, avec son lot de perspectives et d’incertitudes, pour continuer à rêver et à permettre à chacune et chacun de tracer son chemin. La parole aux premiers concernés, encore et encore.
Nathanaël Vignaud
Co-fondateur et président de l’association Rencont’roms nous
Rencont’roms nous
(Re)donner la parole aux premiers concernés.
Culture, éducation, accompagnement social, rencontres-formations.
Lutte contre le racisme, les discriminations et l’antitsiganisme.