Racontons-nous …

Rencont’roms nous.
La parole aux premiers concernés.

Rencont’roms nous est une association qui propose des actions culturelles, artistiques et éducatives entre les populations Roms de Toulouse et différents publics, cherchant à lutter contre les discriminations et le racisme. La rencontre par l’art, pour que chacun(e) puisse changer son regard sur l’autre. Depuis 2013, nous menons ainsi un projet AVEC les Roms, et non sur, dans une démarche totalement inclusive et participative. En un mot, nous cherchons à (re)donner la parole aux premiers concernés : les Roms.

De cet objectif principal – (re)donner la parole aux premiers concernés -, découlent trois objectifs sous-jacents :

– Favoriser l’inclusion revient à lutter contre l’exclusion, et donc lutter contre les discriminations et le racisme, en sensibilisant différents publics, en déconstruisant les préjugés et les clichés. L’association cherche ainsi à créer des rencontres humaines et artistiques entre populations Roms et différents publics (« la rencontre par l’art« ).
Favoriser l’accès à la culture et à l’éducation pour toutes et tous, vecteurs d’inclusion. L’association favorise ainsi le développement de pratiques artistiques et culturelles nouvelles, pour découvrir des univers et champs artistiques nouveaux.
Favoriser l’insertion professionnelle des jeunes Roms, en accompagnant des jeunes dans leurs projets socio-professionnels.

Une démarche inclusive qui a d’ailleurs débouché sur l’obtention de l’agrément « Jeunesse et éducation populaire », en novembre 2019 par la Préfecture de la Haute-Garonne.

Pour cela, nous travaillons depuis 2013 avec les habitants Roms du terrain de la Flambère, un bidonville où vivent près de 200 personnes dans le quartier Purpan, à Toulouse. Depuis toutes ces années, nous menons ainsi un réel travail de terrain, quasiment du quotidien, où nous voyons les habitants, et notamment les plus jeunes, grandir (ou vieillir), évoluer, progresser. Un temps long, qui a créé des relations de confiance et d’amitié et des liens très forts, qui ont permis d’avancer sereinement et progressivement, jusqu’à notamment créer un premier poste salarié, en février 2020, confié à Andrei Nicolae, un jeune de la Flambère.

Si initialement nous étions sur des projets artistiques et culturels, nous avons naturellement et progressivement investi, d’abord le volet scolaire, puis le champ de l’insertion professionnelle. Nos projets culturels voulaient trouver un écho à l’école, pour valoriser le travail des jeunes, puis de rencontres en rencontres avec les équipes éducatives, nous avons glissé vers un accompagnement scolaire global. En parallèle, les jeunes participaient de plus en plus à ces actions, nous amenant à les accompagner d’un point de vue socioprofessionnel. Trois volets finalement intimement liés, qui s’inscrivent dans un accompagnement global des jeunes. Ainsi, notre projet repose désormais sur trois piliers : culture, éducation, insertion professionnelle.

D’abord, la culture. Avec une double entrée. L’entrée « cultures tsiganes », avec la volonté de les diffuser, dans toutes leurs richesses et diversités. Ici, les habitants du terrain ont une place grandissante, puisqu’ils animent de plus en plus eux-mêmes ces temps culturels (initiation aux danses tsiganes, atelier cuisine, etc.). Autre axe, l’ouverture culturelle des habitants. Nous leur proposons tout un panel d’activités artistiques et culturelles pour découvrir de nouvelles pratiques, de nouveaux horizons, de nouveaux champs, pour pénétrer dans des lieux emblématiques de la ville, pour (re)découvrir le patrimoine de leur territoire. Nous explorons plusieurs disciplines culturelles, travaillons avec d’autres publics sur des projets ciblés pour proposer des projets communs permettant à chacun de changer son regard sur l’autre, par le simple fait de travailler avec. Ce sont des projets de long cours, où la dimension éducative est toujours sous-jacente.

Ensuite, l’éducation. Un volet grandissant dans notre quotidien. Dès 2017, l’association cherche à favoriser la scolarisation des jeunes de la Flambère, avec un travail étroit avec les établissements scolaires où les jeunes sont scolarisés, et aussi avec une volonté de développer les espaces de réflexions collectives avec différents partenaires et acteurs (institutionnels, associatifs, Éducation nationale) en lien avec la scolarisation. Rencont’roms nous devient ainsi un acteur identifié et reconnu. Jusqu’à confier une mission de médiation scolaire au jeunes Andrei Nicolae, qui s’est particulièrement illustré en la matière pendant le confinement. Rencont’roms nous, c’est aussi le soutien actif à la campagne nationale #EcolePourTous (collectif de jeunes, Roms, mineurs isolés, voyageurs, etc., qui connaissent des difficultés dans l’accès à l’école et qui se battent aujourd’hui pour qu’aucun enfant ne reste à la porte de l’école. En France, près de 100 000 enfants en restent privés), puisque les jeunes de l’association en sont parties prenantes. En 2019, ils ont notamment souhaité donner une impulsion locale de cette campagne nationale, avec des modules de sensibilisation au racisme dans les collèges, qu’ils animent eux-mêmes.

Enfin, l’insertion professionnelle. Avec l’accueil de cinq jeunes volontaires en service civique issus du terrain, sur des contrats de huit mois. Chaque jeune accueilli est accompagné individuellement, avec tout un travail autour de son parcours socioprofessionnel se met en place, pour que cette expérience lui soit un tremplin utile et porteur. A chaque jeune accueilli, c’est donc une aventure inédite qui démarre, avec son lot de joies, de bonheur, de coups durs, de peines, tant au niveau personnel que professionnel. Avec au bout, des parcours d’inclusion réussis. Si Andrei Nicolae en est la plus belle expression, d’autres beaux exemples suivent derrière. Surtout, ce pari d’accueillir autant de jeunes du terrain a permis d’apporter un nouveau souffle, une nouvelle dynamique à la vie associative, avec de nouveaux projets, de nouvelles idées, etc.

Ces trois volets nous incitent donc à nous balader à travers Toulouse, ses quartiers, mais aussi à travers notre belle région Occitanie, pour proposer des actions qui invitent à la rencontre, au partage et à la convivialité, qui convoquent le faire ensemble, le créer ensemble, le partager ensemble. Se trame aussi un enjeu de citoyenneté, car les habitants du terrain s’impliquent dans la vie locale, ils participent à la vie culturelle. Ils découvrent et se réapproprient leur(s) territoire(s). Être citoyen, c’est habiter une ville, y participer, s’y sentir légitime à circuler ici ou là. Cela peut paraître anodin, mais ne l’est pas pour tout le monde. Malheureusement.

Ce projet associatif, il s’est construit, affiné, développé avec le temps, au fil de nos rencontres, des partenariats, au gré des opportunités qui se profilaient devant nous. Mais aussi en suivant la participation et l’engouement des jeunes du terrain de la Flambère à ce que nous pouvions proposer, ces jeunes qui passaient rapidement de « publics bénéficiaires » à acteurs et organisateurs de nos projets. Ainsi, le AVEC en 2020 est différent du AVEC de 2013.

Ces jeunes qui font vivre l’association aujourd’hui, qui proposent des activités aux plus petits, ce sont les mêmes qui en ont bénéficié à notre arrivée, en 2013. Ce temps long permet de voir grandir les jeunes, de s’inscrire avec eux dans un réel parcours d’inclusion, qui devient global.

Ces jeunes s’accomplissent, s’épanouissent, grandissent, s’ouvrent, se découvrent des destins nouveaux, parce qu’ils ont une fenêtre pour s’exprimer. De projet en projet, ils se forment, ils se livrent, ils se découvrent, ils progressent, ils apprennent, puis rétrocèdent ce qu’ils ont appris. De formés, ils deviennent ensuite en quelque sorte formateurs.

Ces jeunes, ils font le lien permanent, tels de réels médiateurs : ils renforcent les liens entre habitants du terrain et l’association, ils redessinent les liens entre le terrain et les différents partenaires (associatifs ou institutionnels). Ils sont forces de propositions, d’initiatives, d’actions. Ils agissent en tant que premiers concernés. Leur place est toute trouvée. Nous aimons ainsi montrer cette jeunesse qui s’engage au quotidien. Un engagement contre le racisme, contre les discriminations, contre les préjugés. Mais surtout un combat POUR l’inclusion. En mettant en avant leurs histoires, leurs parcours, leurs expériences, l’association ne cesse ainsi d’agir pour leur (re)donner la parole, qu’ils saisissent admirablement bien. En les accompagnant au quotidien, nous créons collectivement des espaces de dialogue, de débats, d’échanges, autour de projets collectifs et partagés.

Le chemin de l’utopie, semé d’aventures, de rencontres, de surprises, de défis, est encore long, mais nous le poursuivons avec passion, motivation et détermination. Avec toujours au cœur de notre quotidien, les habitants de la Flambère. Ils ont tellement de choses à dire, à raconter, à proposer, qu’il est plus qu’urgent et nécessaire de les remettre au centre des politiques d’inclusion et de lutte contre le racisme. A Toulouse, ces jeunes en sont un bel exemple.

Rencont’roms nous s’appuie aujourd’hui sur un réseau fidèle de partenaires institutionnels, associatifs, culturels, artistiques, éducatifs, etc. qui contribuent à la réussite de nos actions. « Petite association » aux moyens financiers, humains et matériels contraints, nous revendiquons tout de même le fait d’être une association de terrain qui agit au plus près des citoyens et des habitants de la Flambère. L’humain reste ainsi au cœur de notre projet.

Cette relation entre ces habitants et les membres de l’association explique aujourd’hui le succès de nos actions, avec beaucoup de temps passé ensemble, à se côtoyer, à se découvrir, à échanger, à se livrer. Il est à noter que, même si les familles sont relogées à travers la ville et la métropole, le travail que nous menons continue avec elles. Une relation qui permet à l’association de se développer d’année en année, en investissant de nouveaux champs, de nouvelles disciplines et de nouveaux territoires. « Latcho drom » !

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