[Histoire] L’histoire tsigane : à la recherche d’une mémoire méconnue. Connaître le passé pour comprendre le présent et agir sur l’avenir


C’est une vieille envie qui se concrétise depuis 2021. Depuis l’émouvante, secouante et passionnante visite de l’exposition de Ceija Stojka à Paris en mai 2018, nous voulions initier à Toulouse, avec les jeunes, un projet qui soit dédié aux questions liées à l’Histoire et à la mémoire, avec comme point culminant, la période de la Seconde guerre mondiale (autour des camps d’internement et du génocide tsigane). Un projet qui poursuit un objectif majeur pour eux : se (ré)approprier cette Histoire, LEUR Histoire, pour demain, (mieux) la transmettre. Pour cela, un fil conducteur : connaître le passé pour comprendre le présent et agir sur l’avenir.

Un projet qui a rapidement trouvé écho auprès de partenaires mobilisables et mobilisés, notamment le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne et les Archives départementales de la Haute-Garonne. Un projet qui se construit collectivement, au fur et à mesure, tel un work in progress, avec des objectifs et temporalités différentes : d’abord, à destination des jeunes et des habitants du terrain, pour connaître, rechercher, comprendre et se (ré)approprier cette histoire ; ensuite, à destination du grand public, pour une sensibilisation et diffusion élargies.

Connaître. Comprendre. Agir. 
Connaître le passé pour comprendre le présent et agir sur l’avenir.
C’est un projet qui cherche à comprendre le contexte actuel, comprendre d’où viennent les discriminations, comment elles se sont construites, enracinées, en connaissant les grandes étapes de l’histoire récente de France et plus précisément le traitement réservé aux étrangers, aux Nomades, aux Tsiganes. Connaître cela permet de faire des parallèles avec la situation contemporaine et donner les moyens aux jeunes et aux habitants d’agir par eux-mêmes en tant que premiers concernés, en ayant des références et des comparaisons.

Cette situation contemporaine, c’est notamment un antitsiganisme ambiant, relativement accepté et banalisé dans la société. L’antitsiganisme, rappelons-le, c’est ce racisme spécifique contre les Roms (ou Tsiganes), qui montre que les préjugés à leur égard ont la dent dure, en témoignent les nombreuses rumeurs ou fake news qui ont émaillé l’actualité ces derniers temps, parfois aux conséquences dramatiques. En France comme en Europe. Cet antitsiganisme a une histoire, un passéune mémoire. Ce projet cherche ainsi à permettre aux jeunes du terrain d’en connaître les origines, en recherchant cette mémoire inconnue, méconnue, voire à certains égards, volée. 


La dimension de ce projet est double : 

  • nationale, en questionnant le traitement des étrangers en France, et plus spécifiquement des Tsiganes et des Nomades, en brossant grosso modo tout le 20e siècle, en rappelant que les jeunes d’aujourd’hui vivent encore dans un bidonville, un « camp » comme ils l’appellent. L’objectif est de comprendre les logiques de camp, d’enfermement, de restrictions de libertés, etc. 
  • européenne, avec comme point culminant le génocide tsigane pendant la Seconde guerre mondiale. En rappelant aussi et surtout que l’histoire des jeunes participants au projet est avant tout européenne, ils viennent de Roumanie.  


Un projet ambitieux, qui se veut historique, social, artistique : 

  • Historique, car l’Histoire est au cœur des recherches et réflexions. Historique aussi, car ce projet n’est pas un exposé, à partir de sources existantes et connues. Il permet aussi et cherche à reconstituer des « petites histoires », des parcours, en recoupant des sources, des récits, des témoignages, au-delà de ce qui est connu. Avec le modeste espoir (mais permis) de contribuer à une meilleure connaissance et reconnaissance de ces différents épisodes historiques, par les pouvoirs publics. 
  • Social, voire sociétal, car ce projet cherche à comprendre les discriminations actuelles, pour mieux les combattre. C’est un enjeu de société, en permettant à celles et ceux qui les subissent de se défendre et de lutter. 
  • Artistique, en produisant des outils, supports, objets qui permettent une diffusion et sensibilisation élargies, auprès du grand public. C’est le cœur battant : permettre une parole et une expression artistiques aux jeunes et aux habitants. Des artistes sont d’ailleurs conviés à nous accompagner, tout au long du projet. 

C’est donc un projet qui s’écrit étape par étape, où nous souhaitons prendre le temps.

2021 – aujourd’hui : un temps de visites, recherches, réflexions.
Une première phase qui se découpe elle-même en plusieurs temps : 
– D’abord, celle des premières visites-découvertes, car les jeunes partaient quasiment de zéro, pour contextualiser, donner les grands moments, les dates repères, les personnes importantes. Nous pouvons dire que ce temps est terminé. 
– Ensuite, un temps de recherches et réflexions à partir de ces premières découvertes, pour tout remettre à plat et approfondir les connaissances (avec des ateliers histoire, en interne). Les recherches se concentrent notamment sur la loi de 1912 et l’instauration du carnet anthropométrique ; les camps d’internement pendant la guerre ; et la situation des Roms en Roumanie. 
– Enfin, un temps d’enquêtes, de recherches, de collectages, avec l’idée de reconstituer des « petites histoires », des parcours de vie individuels et familiaux, pour comprendre la grande Histoire, en recoupant des sources, des récits, des témoignages, des archives. Tirer les fils, à partir de ce qui est déjà connu, et essayer de reconstituer les parties manquantes, les trous, avec le soutien de personnes ressources rencontrées. Ici, le projet s’élargira aussi aux habitants du bidonville, avec une volonté d’enquêter sur leur propre histoire familiale (les jeunes ont-ils des arrières grands-parents qui auraient connu la période nazie? les camps? l’internement?). Cela permet aussi de poser quelques questionnements européens, avec la volonté d’élargir le champ des partenaires consultés et consultables, en rappelant que l’histoire personnelle des jeunes de l’association est avant tout européenne (ils sont Roumains).

=> Aussi, rappelons que dans le spectacle théâtre poésies Le tournesol est la fleur du Rom des jeunes, certaines poésies, notamment celles de Ceija Stojka, parlent et reviennent sur tout cela, permettant d’avoir une autre entrée, une autre approche, complémentaire et porteuse. 

Une seconde phase découlera de ce travail de fond :
– Une parallèle, avec la production de carnets de bord individuels, pour retracer les recherches, les questionnements, les sentiments des jeunes. Avoir une trace de leur cheminent intellectuel est important. 
– Puis, les jeunes seront en production, avec la volonté de produire des supports artistiques et pédagogiques variés autour de toutes les recherches qui ressortiront : panneaux dessinés (en associant un·e illustrateur·rice), photographiques (en associant Gaelle Giordan, photographe, qui accompagne l’association dans plusieurs de ses projets), écriture et orale (en associant Léa Garcia de la compagne Ilot Z’, qui travaille aussi avec les jeunes sur les projets théâtraux). 
=> Donner une coloration artistique nous parait essentielle, en ré-interrogeant les liens art/histoire/société, pour entamer une troisième phase, celle de la diffusion  et sensibilisation. 

Cette troisième phase sera donc celle de la valorisation, sensibilisation et diffusion, auprès du grand public, avec une attention toute particulière aux scolaires (notamment collégiens et lycéens) : expositions, rencontres, etc. Les jeunes de l’association en seront les transmetteurs, les médiateurs, les acteurs.

=> D’où l’importance de cette première phase, pour bien se réapproprier et connaitre l’Histoire.
Pour que cette Histoire ne soit pas oubliée
Les jeunes se saisissent de l’histoire, leur histoire. Au fil des rencontres, des actions, des déplacements, ils se (ré)approprient leur passé, celui de leurs ancêtres, pour tenter de comprendre les discriminations d’aujourd’hui. Depuis plus d’un an, les jeunes ont amassé beaucoup de contenus et d’informations. Les recherches, réflexions et discussions continuent, permettant de soulever des questionnements actuels, avec des parallèles entre la situation d’aujourd’hui et celle d’hier. Petit à petit, les jeunes prennent conscience, le projet prend et fait sens. Connaître, comprendre, agir. 


Détails des actions :

– 19.01.2021 : première réunion avec le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation, et visite rapide du musée
– 08.07.2021 : réunion avec l’ensemble des partenaires et rapide visite des Archives départementales de la Haute-Garonne (impressionnant).
– 25.08.2021 : visite de Toulouse à travers des lieux de mémoire et de Résistance, par Elerika Leroy : gare Matabiau, le palais de justice, la prison militaire de Furgole, le mémorial de la Shoah, le monument de la Résistance, etc.
– 19.10.2021 : visite, rencontres et échanges sur le terrain de la Flambère, en présence des équipes du Conseil départemental (Musée, Archives, Chemin de la République).
– 30.10.2021 : visite du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation, avec une attention particulière aux figures étrangères de la Résistance et au sort des étrangers pour la Seconde guerre mondiale. Contexte et géopolitique aussi.
– 30.11.2021 : journée complète, avec matinée au Musée de la mémoire de Portet-sur-Garonne (ex-camp du Récébédou), gare et cimetière de Portet, puis après-midi à la gare de Longages, et au camp de Noé. Très belle journée, pleine d’échanges, de découvertes, d’apprentissages.
– 16.12.2021 : atelier #1 aux Archives départementales de la Haute-Garonne, pour mieux comprendre ce que sont et ce que représentent les archives, rencontre avec différents métiers.

– 31.01.2022 : atelier #2 aux Archives départementales de la Haute-Garonne, à la découverte de familles, de parcours de vies, pour mieux connaitre et comprendre les logiques d’exclusion, d’internement et les carnets anthropométriques. Des « petites » histoires qui font la grande Histoire.
– 05.04.2022 : atelier #3 aux Archives départementales de la Haute-Garonne : ce sont les jeunes qui parcourent eux-mêmes les archives, pour découvrir des histoires de nomades internés ou fichés. Ouvrir les boîtes, chercher, décortiquer, se plonger dans le passé.
– 16.07.2022 : visite du mémorial du camp de Rivesaltes (66) : visite chargée et curieuse, dans ce camp où furent internés des milliers de Tsiganes pendant la Seconde guerre mondiale.
– 04.08.2022 : visite de l’exposition Joséphine Baker, une vie d’engagement, au Musée de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne. L’occasion de parler projets communs et de se projeter ensemble.
– 09.09.2022 : le projet se délocalise à Montauban, avec la belle rencontre d’Eugène Alain Daumas, autour de son histoire et de son projet de documentaire autour du génocide.
– 26.10.2022 : séance cinéma en équipe autour du documentaire Laurette 1942, de Francis Fourcou, pour continuer de contextualiser, connaître l’histoire, et s’inspirer pour les « petites histoires » à raconter.
– 04.11.2022 : double déplacement hors Occitanie : d’abord au centre régional Résistance & Liberté de Thouars (79), puis au camp d’internement de Montreuil-Bellay (49). Des visites accompagnées, permettant de connaître des nouvelles « petites » histoires et parcours de vie, sur un camp où ne furent internés « que » des Nomades et Tsiganes. Nouvelles perspectives pour la suite du projet.
– 02.12.2022 : atelier histoire autour d’une frise chronologique, depuis 1912. L’idée était de tout remettre à plat pour faire un point sur tout ce que les jeunes ont appris, vu, retenu, depuis le début du projet en replaçant des dates, des faits, des noms, en France et en Europe. Cela a permis d’avoir quelques pistes de travail pour les prochaines semaines, avec les manques à combler.
– 08.12.2022 : poursuite de l’atelier histoire, où les jeunes travaillent en petits groupes autour du carnet anthropométrique, de Raymond Gurême, des Roms en Roumanie, de la notion d’ « Indésirables », des camps d’internement. Recherches approfondies autour du contexte. Petit à petit des choses rentrent.

– 06, 12 & 24.01.2023 : nouveaux ateliers, pour continuer les recherches et réflexions autour de la loi de 1912 relative au carnet anthropométrique, sur les camps d’internement, la notion d’ « Indésirables », la situation des Roms en Roumanie, etc.
Un objectif se dessine : créer à terme des supports pédagogiques avec tous ces contenus, que les jeunes pourront transmettre.

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